ZERO DECHET : opportunité ou menace pour les enseignes ?

Visuel Bocaux - ZERO DECHET, opportunité ou menace pour les enseignes?

Upcycling, alimentation bio, locale et végétarienne : avec la remise en question de nos modes de consommation « fast », divers mouvements se sont développés depuis les années 70. Désormais bien connus, ils sont récupérés avec plus ou moins de sincérité par les grandes marques et enseignes.

Nouvelle venue, la tendance «  Zéro Déchet » constitue la suite logique de cette lame de fond qui irrigue nos sociétés occidentales. Elle présente toutefois une particularité : très concrète, elle engage les personnes dans un changement profond et durable de leurs modes de vie. Le point d’entrée n’est pas seulement idéologique (sauver le monde, la planète ou les animaux), mais très tangible, voire terre-à-terre : il s’agit de faire des économies et de libérer de la place dans nos lieux de vie. Une nouvelle façon de s’organiser en se libérant des emballages qui polluent dans tous les sens du terme.

Comment les enseignes peuvent-elles réagir face à cette nouvelle tendance ? Certaines ont déjà bien compris l’importance de répondre à des attentes plus simples à satisfaire qu’il ne semble.

Le succès des épiceries-vrac

Pour répondre à ces demandes, les magasins bio qui proposaient déjà de beaux rayons en vrac, développent et mettent en avant cette particularité, qui fait aussi son apparition en grande distribution.

Mais surtout des magasins d’un nouveau type voient le jour : les épiceries en vrac, indépendantes ou regroupées sous l’enseigne Day by day, pionnière en France. Lancée en 2013, Day by day regroupe aujourd’hui 25 points de vente dans lesquels les clients apportent leurs contenants et repartent avec pâtes, céréales, épices, thé ou produits d’hygiène. De nombreux produits sont bio, l’origine France est privilégiée et dans tous les cas, le client est informé de façon transparente.

Localement, de nombreux projets d’épicerie proposant des produits en circuit court et sans emballage naissent un peu partout dans l’hexagone, souvent financés grâce au crowfunding par de futurs clients hyper-motivés. On peut citer les précurseurs : La recharge à Bordeaux, depuis 2014, O’bocal à Nantes ou encore La bonne pioche à Grenoble.

http://www.la-recharge.fr/

http://www.obocal.com/

http://www.labonnepiochegrenoble.com/

Une façon moderne de réinventer le commerce de proximité

 

Quelle réponse des enseignes ?

Face à cette tendance émergente qui, comme les précédentes, va infuser progressivement au sein d’une partie de la société, le pire serait l’incompréhension et l’immobilisme. Au contraire, il est indispensable d’être à l’écoute, d’informer et d’accompagner concrètement les consommateurs demandeurs.

La première chose à faire est d’informer les vendeurs et commerciaux de cette demande éventuelle de certains clients, et de les préparer à y répondre. Un client qui apporte son sac à la boulangerie ou au supermarché est devenu la norme, pourquoi s’étonner qu’il demande à ce qu’on n’emballe pas ses fleurs ? Pourtant certains clients se plaignent d’avoir été très mal reçus lors de ce type de demande, qui leur semble pourtant relever du simple bon sens.

Il est vrai que l’emballage étant utilisé comme support marketing, les enseignes ne voient pas forcément cette évolution d’un bon œil. C’est donc une remise en question à laquelle nous invitent ces clients précurseurs. Ecoute et respect de l’engagement du client sont évidemment un préalable. Il faut ensuite s’adapter à sa demande dans la mesure du possible, règle de base du commerce ! S’il existe des contraintes réglementaires s’opposant à la satisfaction de sa demande, un peu de pédagogie et un certain volontarisme seront appréciés. En résumé, au lieu de répondre « Ah non, je suis obligé par ma direction, vous ne pouvez pas partir sans l’emballage à nos couleurs », préférer :

« Oui je comprends votre demande, nous sommes sensibles à la protection de l’environnement, nos emballages sont éco-conçus pour cette raison, l’idéal serait de les supprimer totalement. La réglementation (hygiène par exemple pour l’alimentation) nous l’empêche, mais ça va forcément évoluer. En tout cas, on est pour ! ».

Autrement dit, il est toujours souhaitable d’accompagner le changement des habitudes au lieu d’y résister. Voici quelques exemples :

Biocoop teste à Paris un point de vente 100% sans emballage :

Illu1-Zero déchet- enseignes
  • Très simple à mettre en place par les commerçants indépendants, l’autocollant téléchargeable gratuitement sur le site de l’association Zero Waste France permet d’être en règle avec la législation et de communiquer en interne et en externe sur cette possibilité offerte aux clients
Illu2-zero dechet-enseignes
  • Les enseignes peuvent tout-à-fait imaginer de concevoir une PLV à leurs couleurs et d’encourager leurs clients à amener leurs sacs, leur lunch-box… La démarche doit bien-sûr être en cohérence avec le processus amont : inutile si tous les produits sont présentés en magasin sous blister en plastique !
  • Le Zéro Déchet est aussi une manière intéressante de faire évoluer certaines pratiques internes et à ce titre fait partie intégrante de la stratégie RSE globale de toute entreprise : économie de papier, de carton et de plastique, économie de produits de nettoyage et plus généralement simplification des process afin d’aller à l’essentiel. De telles réflexions sont porteuses de progrès et de rentabilité.

Nouvelles attentes, nouveaux lieux d’achat : la tendance Zéro Déchet impulse des changements profonds dans le rapport à la consommation de certains clients. Bien sûr, cette tendance est encore très minoritaire mais les enseignes qui sauront proposer des réponses adaptées bénéficieront sans aucun doute d’une longueur d’avance sur les autres. Elles semblent pourtant encore peu nombreuses à avoir pris la mesure de l’enjeu : et vous, vous en êtes où ?

* « Famille presque Zéro Dechet – Ze guide  » de Jérémie Pichon et Bénédicte Moret, aux éditions Thierry Souccar.